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Michel Onfray et la monarchie

Car la reine des sciences le vaut bien...

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Michel Onfray et la monarchie

Messagede Beldurian » Sam 24 Juil 2010 23:11

On aura décidément tout entendu !

Michel Onfray, philosophe matérialiste, hédoniste et fervent athée, a créé une "université populaire" à Caen dans laquelle il donne un cours de contre-histoire de la philosophie depuis quelques années. Je viens tout juste d'écouter l'un de ses cours, qui était en réalité une série de questions que des auditeurs de l'amphithéâtre de Caen lui posaient et auxquelles il a répondu. C'était l'année durant laquelle il parlait du XVIIIème siècle et des "ultras des Lumières".

Pendant cet échange une question concernait la Révolution française, ce à quoi il a répondu qu'elle était une révolution bourgeoise, qui n'a fait que faire naître de nouveaux privilèges et qui aurait bien pu être évitée si les conditions climatiques avaient été différentes. En somme, elle n'était pas si justifiée que cela. Il s'est ensuite livré à une critique de la volonté générale chez Rousseau.

Mais ce n'est pas si étonnant quand on connait le personnage. Le plus étonnant est ce qui suit : quelqu'un lui a demandé si la monarchie n'était pas en fin de compte un régime bien meilleur que la république. Voici un résumé de sa réponse :
Les violations envers les droits de l'homme sont en effet aujourd'hui le fait de républiques plutôt que de monarchies. D'ailleurs la plupart des régimes dictatoriaux ou totalitaires étaient des républiques. Les monarchies constitutionnelles actuelles ont donc sans doute des leçons à nous donner, notamment en Europe. Je ne suis pas contre la monarchie, au contraire, je pense qu'elle est bonne mais à condition qu'elle fonctionne bien, c'est-à-dire qu'elle représente bien l'essence de la nation en la personne du roi (ne dit-on pas "le roi est mort, vive le roi" ? Il est la tradition, la continuité). Le problème c'est qu'il ne faut pas que cette monarchie vive en prenant sur l'argent de ses citoyens, qu'il n'y ait pas d'abus de pouvoir. Mais pour moi, l'un des plus grands héros politiques de l'époque est Juan Carlos : il aurait pu abuser de son pouvoir, mais il n'en a rien fait. Il a fait beaucoup plus que la plupart des républicains.
Il faudrait que la république fasse une critique internet aujourd'hui, une critique républicaine. Pour moi, la république est le fait de vouloir accueillir tout le monde, à condition qu'il se défait de son identité communautaire. À cet égard Sarkozy n'est pas républicain, il est plutôt républicain démocrate, communautariste, au contraire de Villepin qui me semble être plus républicain.
La République peut d'ailleurs être monarchiste, au sens de la "res publica" : c'est la chose publique. Rousseau disait que "la monarchie est une république" en effet. En fait, ce qui a tout fait basculer est Varennes. À l'époque tout le monde était monarchiste, même Robespierre. L'alternative se trouvait entre une monarchie de droit divin et une monarchie constitutionnelle en fait. Après Varennes tout change, tout bascule, la confiance n'est plus : Condorcet peut alors inventer la République.
Il faudrait donc réfléchir à ce qu'est la République, car aujourd'hui elle n'est pas du tout républicaine ("res publica"). D'ailleurs je crois qu'on est en train d'y réfléchir à nouveau.

Voilà, je voulais vous en faire part...parce que je trouve ça assez anodin, presque comique ! Comme quoi il ne faut pas désespérer de convertir même les plus improbables -_-". Reste à voir après à voir son argumentation, qui n'est pas forcément bonne sur tous les points.
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Re: Michel Onfray et la monarchie

Messagede Miles Regis » Dim 25 Juil 2010 12:46

Je ne connais Onfray que très peu (on ne parle pas de lui comme d'un philosophe sérieux en Allemagne), mais quelqu'un aurait dû lui poser la question des fondements religieux de la monarchie. On m'a dit qu'il était Nietzschéen, et comme être Nietzschéen ne signifie rien d'autre que de n'avoir aucune idée philosophique cohérente, cela ne doit surprendre personne que certaines de ses vues soient compatibles avec le sens commun. Il suffit de reformuler le sens commun d'une façon cohérente pour passer pour un philosophe, de nos jours...
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Re: Michel Onfray et la monarchie

Messagede Beldurian » Lun 26 Juil 2010 20:55

Michel Onfray ne me semble pas être un philosophe sérieux en effet. J'ai en horreur la plupart de ses idées d'ailleurs, et il me semble que sa volonté d'être populaire rend son travail un peu trop simpliste et pas assez approfondi. Néanmoins je lui trouve une certaine utilité et un certain talent en tant que professeur ; ses cours de "contre-histoire de la philosophie", selon ses propres termes, sont intéressants. Ils sont très orientés, présentant une histoire de la philosophie hédoniste et matérialiste, radicalement opposée à Platon et à la scolastique, mais assez honnête en ce sens qu'il ne cache pas ses idées et qu'il ne prétend pas faire une Histoire objective mais orientée, sélectionnant les philosophes dont il veut parler. J'aime à suivre ces cours car on y découvre des philosophies parfois inconnues, intéressantes souvent, et qui sont contradictoires avec ce en quoi je crois, ce qui me permet de faire travailler mon esprit critique et me prépare à certains arguments. Je dirais que c'est un bon exercice, d'autant plus que ses cours sont populaires sans être trop simplistes : un équilibre assez réussi.

Il est souvent à la limite de tomber dans la caricature lorsqu'il parle de religion, mais il s'oppose en réalité plus au Dieu monothéiste qu'à la religion en tant qu'institution. Son cours sur le Grand Siècle s'intéresse d'ailleurs à de nombreux penseurs qui remettent en cause les institutions religieuses et le christianisme sans pour autant être athées : ils sont déistes ou panthéistes par exemple. Il n'en reste pas moins qu'il est le grand défenseur de l'athéisme actuel (grand en terme de popularité, de quantité : cf le succès de son Traité d'athéologie), n'hésitant pas à proclamer que Dieu est une invention humaine, culturelle, sans fondement réel. Sur le plan politique, il se dit libertaire...

Sur le plan philosophique je ne sais pas s'il est vraiment nietzschéen. Je sais qu'il a fait son cours en 2008/2009 sur Nietzsche en effet, et qu'il apprécie assez le personnage. Mais il est en tout cas hédoniste et matérialiste, se revendiquant des épicuriens, des cyniques et des cyrénaïques surtout.

De toute façon, Onfray n'est intéressant que dans la perspective de s'essayer à la contradiction, si l'on est encore assez débutant en philosophie (c'est mon cas) mais pas trop. Il faut savoir ce que l'on pense avant de s'y engager, car il est assez charmeur et pourrait convaincre assez facilement quelqu'un qui n'est pas très habitué à la philosophie et qui serait dans le doute je crois. Je crains d'ailleurs qu'il soit trop écouté aujourd'hui, disposant d'une véritable influence populaire...
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Re: Michel Onfray et la monarchie

Messagede satriany » Mar 27 Juil 2010 17:59

Je m'intéresse à Michel Onfray car il peut faire re découvrir certains auteurs que l'école officielle a oublié ou volontairement fait disparaître. Il permet de donner une critique politiquement correcte de la démocratie bourgeoise et de sa dérive en totalitarisme (qu'il soit de coton ou d'acier). On peut aussi retourner ses idées contre lui et l'auto-détruire car ne voyant pas que s'il voit les problèmes il se méprend sur les causes et demande souvent tout et son contraire.
Tu cites son livre sur les ultras des lumières, dans le passage sur Sade il est dans l'incohérence : Onfray se dit Athée au sens strict, amoraliste et purement hédoniste mais il fustige totalement Sade qui justement est celui qui a le plus vécu suivant ces mêmes préceptes. Il tombe dans une sorte de morale gauchiste ou chrétienne sécularisée et demande la même chose que ceux sur qui il a craché quelques pages avant. Rappelons nous que Sade a été emprisonné par lettre de cachet sur demande de sa famille d'ailleurs.

Politiquement et comme il le dit dans ce livre aussi, il se reconnait dans les communistes et les enragés. Là encore, il ne sait pas voir que ces gens là seront ceux qui contraindront le plus les libertaires et les hédonistes, à croire qu'il a des blancs complets dans sa culture historique. Qu'il dise en conférence que les rois avaient des citoyens plus libres et moins contraints c'est une chose, qu'il l'écrive en est une autre. D'ailleurs il semble qu'il aie épuisé le filon et passe maintenant à la psychologie bourgeoise.

Il peut être dangereux pour ceux qui découvrent la philosophie et ne possèdent pas de bases saines.

Concernant Nietzsche, il fait parti des Nietzschéens de gauche qui malgré leur nom sont pour moi tout sauf nietzschéens. Ils veulent donner à la plèbe la figure du sur-homme tout en étant leur berger qui les guidera pour détruire et inverser les valeurs. Il y a déjà 3 absurdités.
Je l'ai entendu une foi se justifier pendant un quart d'heure pour dire que le sur-homme pouvait être sur-femme. C'était lourd et pathétique.
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Re: Michel Onfray et la monarchie

Messagede El Candido » Mar 27 Juil 2010 18:07

Entièrement d'accord avec vous, Satriany. :wink:
Et bientôt l'on dira au Frankistan : "Ci-gît le Peuple Français, mort d'imbécillité !" Matamore de salon.
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Re: Michel Onfray et la monarchie

Messagede kardaillac » Mer 28 Juil 2010 11:32

Beldurian a écrit:Il est souvent à la limite de tomber dans la caricature lorsqu'il parle de religion, mais il s'oppose en réalité plus au Dieu monothéiste qu'à la religion en tant qu'institution. Son cours sur le Grand Siècle s'intéresse d'ailleurs à de nombreux penseurs qui remettent en cause les institutions religieuses et le christianisme sans pour autant être athées : ils sont déistes ou panthéistes par exemple. Il n'en reste pas moins qu'il est le grand défenseur de l'athéisme actuel (grand en terme de popularité, de quantité : cf le succès de son Traité d'athéologie), n'hésitant pas à proclamer que Dieu est une invention humaine, culturelle, sans fondement réel. Sur le plan politique, il se dit libertaire...

Les athées sont nombreux à ne pas attaquer les institutions religieuses dès lors qu'elles sont reconnues comme le liant (simple à énoncer) d'une société complexe. Mais faut-il encore que le liant, le mortier, fasse prise. Or les institutions religieuses de ce siècle décrété religieux par le grand opiomane Malraux (un vrai gag) ne font plus prise. Alors la tentation est grande de rechercher d'autres liants, parmi lesquels une morale universelle civique et individuelle a de l'avance sur les autres.
La monarchie dans son concept transcendé est handicapée par cette régression des églises, au moment où ses principes de gouvernement sont de plus en plus pertinents.
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Re: Michel Onfray et la monarchie

Messagede Beldurian » Jeu 29 Juil 2010 22:03

kardaillac a écrit:
Beldurian a écrit:Il est souvent à la limite de tomber dans la caricature lorsqu'il parle de religion, mais il s'oppose en réalité plus au Dieu monothéiste qu'à la religion en tant qu'institution. Son cours sur le Grand Siècle s'intéresse d'ailleurs à de nombreux penseurs qui remettent en cause les institutions religieuses et le christianisme sans pour autant être athées : ils sont déistes ou panthéistes par exemple. Il n'en reste pas moins qu'il est le grand défenseur de l'athéisme actuel (grand en terme de popularité, de quantité : cf le succès de son Traité d'athéologie), n'hésitant pas à proclamer que Dieu est une invention humaine, culturelle, sans fondement réel. Sur le plan politique, il se dit libertaire...

Les athées sont nombreux à ne pas attaquer les institutions religieuses dès lors qu'elles sont reconnues comme le liant (simple à énoncer) d'une société complexe. Mais faut-il encore que le liant, le mortier, fasse prise. Or les institutions religieuses de ce siècle décrété religieux par le grand opiomane Malraux (un vrai gag) ne font plus prise. Alors la tentation est grande de rechercher d'autres liants, parmi lesquels une morale universelle civique et individuelle a de l'avance sur les autres.
La monarchie dans son concept transcendé est handicapée par cette régression des églises, au moment où ses principes de gouvernement sont de plus en plus pertinents.


Cela me fait penser à une question qui a été posée à Michel Onfray encore une fois : "est-ce que l'émergence de l'athéisme dans cette civilisation chrétienne européenne, à l'heure d'une conscience planétaire, n'implique t'elle pas la fin de cette civilisation ?". À cela Onfray répond avec le schéma hégélien (Leçons sur la philosophie de l'Histoire) : des civilisations naissent, croissent, décroissent, chutent, disparaissent, et laissent la place à d'autres civilisations. Onfray ajoute que probablement la religion accompagne la civilisation, ce qui donnerait raison à Régis Debray (communauté qui ne peut être fabriquée que par une communauté religieuse). Une religion laïque, républicaine serait en train de se forger pour remplacer la précédente, et donc changer la civilisation (il explique ainsi pourquoi Robespierre a quand même instauré le culte de l'Être Suprême, car il avait besoin d'un liant). L'athéisme marquerait donc la fin de toute civilisation ?

C'est déjà la vieille question médiévale pour savoir si un athée peut être vertueux, s'il peut y avoir une morale sans religion. S'il y a une morale civique universelle qui tend à s'imposer aujourd'hui, comme vous le dites, pour ma part je crois en un monde aux diverses formes. Du moins je l'espère, car l'instauration d'une morale universelle risque de mener à une certaine uniformisation et à la mort de nombreuses cultures/traditions. Je ne crois pas que l'on doive avoir les mêmes lois et morales dans tous les pays, d'ailleurs je ne vois pas comment cela se ferait sans violence.
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Re: Michel Onfray et la monarchie

Messagede Jean-Le-Roy » Dim 5 Juin 2011 00:42

Michel Onfray est profondément anti-catholique. Il va même jusqu'en Espagne pour prêcher son anti-catholicisme auprès de jeunes étudiants. Il a les mêmes idées que les radicaux de gauche et ne s'épargne aucune vilénie pour pervertir le message du Christ ou pour souiller l'image de l'Eglise.

Le semblant de logique de ses propos est dangereux pour les neuneus. Comme bon nombre de francs-maçons, il a choisi de démolir une figure reconnue pour se rendre populaire. C'est un bienfait qu'il ait choisi de descendre cet imposteur de Freud. Autrefois, les F.M descendait tjs le Christ ou l'Eglise, mais de nos jour cela ne paye plus. Concernant ses propos sur la monarchie, il ne fait aucun doute qu'ils ne concernent pas la monarchie de droit divin. C'est bien dommage.
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Re: Michel Onfray et la monarchie

Messagede kardaillac » Dim 5 Juin 2011 10:56

Beldurian a écrit:...l'instauration d'une morale universelle risque de mener à une certaine uniformisation et à la mort de nombreuses cultures/traditions. Je ne crois pas que l'on doive avoir les mêmes lois et morales dans tous les pays, d'ailleurs je ne vois pas comment cela se ferait sans violence.

Il existe une morale universelle formant tronc commun à l'espèce humaine. S'y agrègent les morales particulières développées par les circonstances, l'environnement, etc. même dans des civilisations sans religion comme les sociétés bouddhistes. Loin de moi l'idée d'uniformiser les codes sociaux.

Je ne crois pas à l'action de l'athéisme sur la carence morale.
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Re: Michel Onfray et la monarchie

Messagede Beldurian » Dim 5 Juin 2011 11:48

Jean-Le-Roy a écrit:Michel Onfray est profondément anti-catholique. Il va même jusqu'en Espagne pour prêcher son anti-catholicisme auprès de jeunes étudiants. Il a les mêmes idées que les radicaux de gauche et ne s'épargne aucune vilénie pour pervertir le message du Christ ou pour souiller l'image de l'Eglise.

Le semblant de logique de ses propos est dangereux pour les neuneus. Comme bon nombre de francs-maçons, il a choisi de démolir une figure reconnue pour se rendre populaire. C'est un bienfait qu'il ait choisi de descendre cet imposteur de Freud. Autrefois, les F.M descendait tjs le Christ ou l'Eglise, mais de nos jour cela ne paye plus. Concernant ses propos sur la monarchie, il ne fait aucun doute qu'ils ne concernent pas la monarchie de droit divin. C'est bien dommage.


Ses propos ne concernent en effet pas la monarchie de droit divin, mais plutôt les monarchies "républicaines" et européennes (Angleterre, Espagne, etc).

En revanche, il condamne toutes les religions et pas seulement le christianisme. Peut-être même est-il encore plus virulent contre l'Islam par exemple ! Sa condamnation est d'ailleurs avant tout structurelle, critiquant la religion en tant que telle, dans son mécanisme, sa manière de fonctionner, quelle que soit la religion. Cela lui permet d'avoir certains points d'accords avec la religion chrétienne par exemple. Il n'hésite quand même pas à reconnaître que l'Eglise dit de bonnes choses parfois, ne versant pas dans le manichéisme d'une Eglise forcément mauvaise dans sa totalité et d'un athéisme nécessairement vertueux. C'est ainsi qu'il a pu opposer dans certaines affaires les Lumières du christianisme à l'obscurantisme athée ou laïc, prenant parti pour les premières. Un athée n'est pas bon parce qu'il est athée, et un chrétien n'est pas mauvais parce qu'il est chrétien selon lui. D'ailleurs, son maître a été Lucien Jerphagnon, qui est un philosophe chrétien assez important (c'est lui qui a édité les oeuvres de saint Augustin dans la Pléiade), et dont il ne cesse de faire la louange : "il était et il reste mon maître"" a t'il dit dans un entretien.

Pour Onfray, la déchristianisation mène à la disparition de l'Occident et de l'Europe qui sont consubstantiels à la religion chrétienne. Une civilisation est donc en train de s'effondrer et une nouvelle s'apprête à la remplacer : celle de l'islam, qui est beaucoup plus rude et a beaucoup plus de convictions que l'Occident, qui n'hésite pas à mourir et à se battre pour ses idées. Il déplore ces deux civilisations et voudrait remplacer la civilisation chrétienne par une civilisation des Lumières, rationnelle, matérialiste et athée.
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Re: Michel Onfray et la monarchie

Messagede Beldurian » Dim 5 Juin 2011 12:05

kardaillac a écrit:
Beldurian a écrit:...l'instauration d'une morale universelle risque de mener à une certaine uniformisation et à la mort de nombreuses cultures/traditions. Je ne crois pas que l'on doive avoir les mêmes lois et morales dans tous les pays, d'ailleurs je ne vois pas comment cela se ferait sans violence.

Il existe une morale universelle formant tronc commun à l'espèce humaine. S'y agrègent les morales particulières développées par les circonstances, l'environnement, etc. même dans des civilisations sans religion comme les sociétés bouddhistes. Loin de moi l'idée d'uniformiser les codes sociaux.

Je ne crois pas à l'action de l'athéisme sur la carence morale.


J'ai du mal à concevoir cette morale universelle de manière concrête...Levi-Strauss parlait de l'interdit de l'inceste comme d'un invariant de toutes les cultures. Peut-être (et encore, la définition de l'inceste est compliquée chez lui)...mais à part ça ? Il y a tellement de différences entre les cultures ! Je pense par exemple à une certaine culture (pardonnez-moi, je n'ai plus le nom en tête) qui considérait les Européens comme des fous parce qu'il existait chez eux des prisons. En effet, le groupe et la communauté était si importants pour eux que l'existence même d'une prison (endroit dans lequel on retranche quelqu'un de la communauté) était inimaginable, et que c'était le fait de véritables barbares. En revanche, cette culture pratiquait tout à fait normalement le cannibalisme sans comprendre ce qu'il pouvait y avoir de choquant dans cette pratique pour des Européens. Et de telles différences se retrouvent dans tous les domaines !

Je pense également à un livre de Jean Raspail, Qui se souvient des hommes..., qui évoque l'histoire des Alakalufs en Terre de feu, un peuple dont le dieu est profondément mauvais et dont la vision du monde est par conséquent très pessimiste. Lorsque les Européens sont arrivés pour implanter le christianisme dans cette culture, cela n'a pas du tout marché parce que l'idée même d'un Dieu bon ou d'une positivité leur était étrangère. Je cite par exemple ce texte : "Mais le bonheur? On rit quelquefois, on chante, mais comme cela ne dure jamais et se paye ensuite chèrement, les Alakalufs ne l'ont pas défini par un mot. En revanche ils en ont cent pour exprimer l'angoisse. L'angoisse devant la faim, la nuit, la tempête, la maladie, les williwas, l'orage, la mort et la vie, la solitude, la conscience de se compter si peu et de voir d'année en année ce nombre encore diminuer..."

Je crois en revanche à une hiérarchie des cultures et des valeurs. Peut-être que ce que vous appelez la morale universelle serait celle qui serait ce que nous pourrions appeler la meilleure, et qui pourrait comprendre toutes les formes de morales particulières ? C'est en tout cas ce que j'aurais tendance à penser...mais la question n'est pas vraiment facile à régler !
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Re: Michel Onfray et la monarchie

Messagede satriany » Mar 7 Juin 2011 07:53

Lucien Jerphagnon est un grand monsieur, élève lui même de Jankelevitch élève de Bergson. Bergson n'était pas apprécié de l'Action Françoise car auteur d'une philosophie bourgeoise et mystique mais le temps ayant lissé les angles ça philosophie est d'une intérêt certain pour l'homme différencié d'aujourd'hui.

Onfray est un travailleur (bizarrement, pourquoi n' vit-il pas à fond en épicurien ou hédoniste) et a une grande culture philosophique mais je pense tout simplement qu'on retrouve la différence entre culture philosophique et Etre philosophe au sens antique : vivre en philosophe, être imprégné d'un être au monde philosophique qui est lui quasi universel (Confucius, Socrates, Epictète, ...).

Jetté dans la sphère publique qu'il aime tant, il risque de se faire démonter. On ne donne pas de la philosophie à la plèbe, on lui donne des os à ronger.
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Re: Michel Onfray et la monarchie

Messagede kardaillac » Jeu 7 Juil 2011 10:55

Beldurian a écrit:J'ai du mal à concevoir cette morale universelle de manière concrète...

Mon "univers" n'était pas exhaustif. Je conçois cette morale d'application générale entre gens du vaste monde qui se croisent. Certains peuples dissimulés peuvent en développer d'autres, mais les Dix Commandements même proclamés localement sur une petite nation, me semblent contenir l'essentiel de la sagesse humaine. C'est sans doute ce qu'en ont pensé les rédacteurs.
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Re: Michel Onfray et la monarchie

Messagede scaramouche » Mar 12 Juil 2011 19:15

Beldurian a écrit:[
J'ai du mal à concevoir cette morale universelle de manière concrête...Levi-Strauss parlait de l'interdit de l'inceste comme d'un invariant de toutes les cultures. Peut-être (et encore, la définition de l'inceste est compliquée chez lui)...mais à part ça ? Il y a tellement de différences entre les cultures ! Je pense par exemple à une certaine culture (pardonnez-moi, je n'ai plus le nom en tête) qui considérait les Européens comme des fous parce qu'il existait chez eux des prisons. En effet, le groupe et la communauté était si importants pour eux que l'existence même d'une prison (endroit dans lequel on retranche quelqu'un de la communauté) était inimaginable, et que c'était le fait de véritables barbares. En revanche, cette culture pratiquait tout à fait normalement le cannibalisme sans comprendre ce qu'il pouvait y avoir de choquant dans cette pratique pour des Européens. Et de telles différences se retrouvent dans tous les domaines !

Je pense également à un livre de Jean Raspail, Qui se souvient des hommes..., qui évoque l'histoire des Alakalufs en Terre de feu, un peuple dont le dieu est profondément mauvais et dont la vision du monde est par conséquent très pessimiste. Lorsque les Européens sont arrivés pour implanter le christianisme dans cette culture, cela n'a pas du tout marché parce que l'idée même d'un Dieu bon ou d'une positivité leur était étrangère. Je cite par exemple ce texte : "Mais le bonheur? On rit quelquefois, on chante, mais comme cela ne dure jamais et se paye ensuite chèrement, les Alakalufs ne l'ont pas défini par un mot. En revanche ils en ont cent pour exprimer l'angoisse. L'angoisse devant la faim, la nuit, la tempête, la maladie, les williwas, l'orage, la mort et la vie, la solitude, la conscience de se compter si peu et de voir d'année en année ce nombre encore diminuer..."

Je crois en revanche à une hiérarchie des cultures et des valeurs. Peut-être que ce que vous appelez la morale universelle serait celle qui serait ce que nous pourrions appeler la meilleure, et qui pourrait comprendre toutes les formes de morales particulières ? C'est en tout cas ce que j'aurais tendance à penser...mais la question n'est pas vraiment facile à régler !


Je suis d'accord avec vous pour la première partie mais ensuite je ne vous suis plus , vous citez d'autres civilisations avec d'autres dieux et d'autres valeurs, ce que je comprends très bien, ensuite vous dites que vous pourriez souscrire à une morale universelle qui serait "la meilleure" ?
Mais sur quels critères serait-elle "meilleure" ? et définie par qui ? la loi du plus fort ? et n'est-elle pas déjà présente (dans la religion catholique) par exemple?
Il n'y a pas de hiérarchie des cultures, Levi-Strauss en a fait son cheval de bataille vous le savez bien, ni de hiérachie des valeurs non plus et vous le démontrez : vérité ici , erreur au-delà. Je me souviens à ce sujet d'un film japonais magnifique qui doit s'appeler l'Ile nue" et où une femme faisait passer avant tout la corvée de la quête de l'eau plutôt que rester auprès son fils qui se mourait. Dur à comprendre par nos esprits occidentaux mais la priorité pour la communauté et la vie de cette communauté c'était ..l'eau.
Je crois que les êtres humains sont façonnés avant tout par la terre où ils vivent, c'était du moins la base et l'origine des civilisations anciennes. Leur "morale" n'est que le nom donné aux lois qui leur permettent de vivre ensemble.
"Toute vérité devient fausse dès l'instant que l'on s'en contente"
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Re: Michel Onfray et la monarchie

Messagede El Candido » Mar 12 Juil 2011 22:32

Les cultures se jugent à l'aune de leurs résultats. C'était la conclusion implicite de Saint-Augustin dans "la Cité de Dieu"...
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